Étape 1 : Exploration

Quelle est notre vision d'avenir?

SCÉNARIOS

L'HISTOIRE DE RÉGINE

Régine est une nouvelle élève. Petit à petit, elle se fait des amis et commence à mieux connaître les filles de sa classe. Récemment, un groupe de cinq garçons ont commencé à siffler quand elle passe. Ils lui disent qu’elle est très « hot » et sexy, qu’elle devrait porter des vêtements plus révélateurs. Un jour, un garçon s’avance vers elle et passe le bras autour d’elle. Il lui demande de sortir avec lui. Les autres garçons restent derrière en les regardant et en riant. Régine a honte et elle a peur. Elle commence à passer toute la récréation et l’heure du midi cachée dans les toilettes de filles, le seul endroit où elle se sent en sécurité.

L’école de Régine a un système de jumelage pour les élèves nouvellement arrivés. Régine est jumelée à Lina, une élève plus âgée. Régine se confie à Lina qui lui suggère d’aller parler à l’enseignante du cours de sciences sociales parce qu’elle lui avait déjà parlé de ce genre de problème. Régine commence à parler à l’enseignante. Au début, elle n’en dit pas trop mais plus elle apprend à la connaître, plus elle se confie.

L’enseignante la reçoit à quelques reprises. Elle respecte ce que veut Régine. Elle lui demande comment elle veut composer avec la situation. Régine dit qu’elle pense pouvoir dire quelque chose aux garçons. L’enseignante l’aide à se pratiquer et à s’affirmer. Un jour, lorsque les garçons s’approchent d’elle, elle se tourne vers eux, les regarde droit dans les yeux et leur dit sur un ton ferme : « Laissez-moi tranquille ». Les garçons se mettent à rire nerveusement, mais ils s’éloignent. Depuis ce jour, ils ne la harcèlent plus.

L'HISTOIRE DE JEAN-FRANÇOIS

Jean-François est un élève réservé et silencieux, il est premier de classe en littérature française. Il n’a aucun intérêt pour les sports. Bien qu’il n’ait que des filles pour amies, il n’en a jamais fréquenté une romantiquement. Il se considère hétérosexuel et il se demande si un jour il aura une petite amie. Les filles avec qui il se tient le considèrent « comme un copain », sans plus. Il craint qu’elles ne soient pas attirées par un garçon comme lui qui n’agit pas comme une star de cinéma. Quant à lui, il éprouve une attirance pour quelques-unes de ses copines, mais il n’a jamais osé demander à l’une d’entre elles de sortir avec lui.

Depuis quelque temps, il se sent moins en sécurité à l’école. Des garçons de sa classe commencent à le traiter de tous les noms, laissant sous-entendre qu’il est gai. À cause de l’intimidation qu’il subit, il commence à avoir des doutes sur sa masculinité. Un jour, en passant devant les garçons, il sent que l’atmosphère a changé. La tension est beaucoup plus élevée et ils sont plus agressifs. Cette fois-ci, ils le suivent jusqu’à son casier qui se trouve dans un coin isolé de l’école. Jean-François est terrifié. Ils s’approchent de lui et le battent. Ils le ruent de coups de pied jusqu’à ce qu’il soit plein de bleus et qu’il saigne. Ils s’éloignent ensuite en laissant Jean-François à lui-même.

Il est plié en deux et il pleure. Il se cache le visage avec les mains. Le lendemain, il a un œil au beurre noir et ses amies lui demandent ce qui s’est passé. Une amie qui apprend ce qui se passe s’indigne. Elle est membre de l’alliance gai/hétéro de l’école et demande à Jean-François si elle et son groupe peuvent l’aider. Avec l’aide de Jean-François, les membres de l’alliance signalent la situation à un enseignant, qui développe une stratégie en collaboration avec la direction de l’école. L’enseignant et la direction parlent aux garçons responsables de l’agression homophobe. L’enseignant fait un suivi régulièrement auprès de Jean-François pour s’assurer que les actes d’agression ont cessé. Grâce à ces efforts, Jean-François se sent plus en sécurité à l’école et décide de se joindre à l’alliance.

(Ces scénarios sont tirés du projet Bien-être à l’école développé par le COPA en partenariat avec la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Voir bienetrealecole.ca.)

QUESTION DE RÉFLEXION :

Comment notre société exerce-t-elle un pouvoir et un contrôle sur les femmes sur les plans individuel et collectif? De quelle façon est-ce que les normes sociales basées sur le genre ont-elles des répercussions négatives sur les femmes et les hommes?

FILMS : TÉMOIGNAGES SUR LA SOCIALISATION TRADITIONNELLE

Légende : Un recueil de témoignages d’hommes qui donnent leurs points de vue sur la socialisation traditionnelle des garçons et des hommes et des filles et des femmes. Dans cet extrait, les hommes échangent sur les répercussions de la socialisation traditionnelle sur les relations saines et égalitaires. Produit par le COPA, 2010 - 2011.

Violence faite aux femmes : un problème social

Pour être efficace, il est important que la promotion des relations saines et égalitaires traite des racines les plus profondes du problème de la violence faite aux femmes. En nous détournant du sexisme et de la socialisation traditionnelle fondée sur le genre, nous pouvons créer une société où les femmes et les hommes peuvent avoir des relations saines et égalitaires, qu’elles soient professionnelles, personnelles, familiales, amicales ou intimes.

La socialisation

Il s’agit du processus par lequel la culture transmet des informations sur ce que signifie être une femme « féminine » ou être un homme « masculin » et sur ce qui est valorisé et considéré comme étant « normal ». En réalité, la biologie ne joue qu’un rôle infime dans ce qui nous caractérise – c’est surtout la culture qui influence nos idées, nos perceptions et nos pensées. La socialisation traditionnelle renforce le sexisme et les injustices.
Chaque personne reçoit des messages sur la façon d’agir, sur la façon d’être et sur ses responsabilités et les attentes sociales que l’on a d’elle, selon son sexe. Ce processus commence dès la naissance d’un bébé au moment où on identifie son sexe. Qu’est-ce qui se passe après?
Si c’est un garçon, est-ce qu’on l’habille en bleu? Est-ce que les adultes le tiennent de façon plus ferme? Est-ce qu’on lui donne des camions? L’encouragera-t-on à jouer des sports de contact, lui donnera-t-on plus de liberté que sa sœur du même âge à l’adolescence? Est-ce qu’on lui apprend à être « dur »? Pensera-t-il qu’il est le maître de la maison et qu’il peut prendre les décisions dans ses relations intimes?
Si c’est une fille, est-ce qu’on l’habille en rose. Est-ce que les adultes la tiennent de façon plus délicate? Lui donne-t-on des poupées et des appareils ménagers miniatures? Lui apprend-on à cuisiner et à faire les tâches ménagères? Aura-t-elle autant de liberté que son frère du même âge à l’adolescence? Est-ce qu’elle va apprendre à servir ou à être passive?

Le sexisme et la violence faite aux femmes

Le sexisme est fondé sur la notion que le sexe biologique divise les femmes et les hommes en groupes distincts et hiérarchiques. On renforce et perpétue le sexisme par la socialisation traditionnelle des filles et des garçons. Ce qui émerge de cet arrangement social, c’est la supériorité de l’homme (et de tout ce qui est considéré comme étant « masculin ») sur les femmes (et sur tout ce qui est considéré comme étant « féminin »). Le résultat : la sous-estimation, la dévalorisation, la haine ou le dénigrement de toute chose et de toute personne considérée comme étant féminine, soit la « misogynie ».
Les relations de pouvoir inégales entre les femmes et les hommes se présentent sous diverses formes de dominance masculine. L’agression sexuelle et la violence contre les femmes sont des symptômes de ce déséquilibre de pouvoir.
Dans une relation interpersonnelle violente (incluant la violence psychologique, verbale, physique ou sexuelle), on retrouve les dynamiques fondées sur l’inégalité où l’homme exerce son pouvoir social dans le but de contrôler et de dominer une femme. L’abus de pouvoir et le contrôle se manifestent sous diverses formes, allant des plus subtiles aux plus évidentes et extrêmes. Ces relations de pouvoir inégal se reproduisent dans les institutions sociales.

Sexisme, homophobie, transphobie et discrimination fondée sur le genre

Le sexisme est étroitement lié à l’homophobie (la peur et la haine des personnes gaies et lesbiennes) et à la transphobie (la peur et la haine des personnes transgenres).

Le sexisme a des conséquences insidieuses sur la façon dont les gens apprennent à se comporter et à s’identifier comme filles ou garçons, femmes ou hommes. La société fabrique et renforce des normes rigides fondées sur le genre par rapport aux rôles « masculin » et « féminin », polarisant les comportements, les attributs, les apparences et les activités. On s’attend à ce que les femmes et les hommes adhèrent à ces normes et on les punit lorsqu’ils s’en écartent. Cela est le cas chez les personnes transgenres. Par ailleurs, on associe les hommes gais à la féminité, et par conséquent ces hommes sont ciblés par la haine et la dévalorisation qu’on attribue à tout ce qui est « féminin ».

Dans votre école, avez-vous déjà entendu un jeune garçon se faire traiter de « gai », ou une jeune fille se faire traiter de « lesbienne » en guise d’insulte? Est-ce qu’on dit de certains garçons que ce sont des « filles » quand ils ont fait une bêtise ou sont maladroits physiquement? En règle générale, on insulte une ou un élève de cette façon quand son comportement diverge de l’attente que l’on a de son sexe biologique. Ce sont des exemples de mécanismes courants par lesquels on impose ces normes. Ils sont efficaces dans la mesure où le problème d’homophobie, de transphobie et de misogynie est présent dans nos écoles et nos collectivités.